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RMC : Chronique 17

Les habits de la rentrée

Bonjour à toutes et à tous, bonjour Brigitte. Eh bien voilà, on y est ! C’est la rentrée ! Même pour les enfants, je serais tenté de dire surtout pour les enfants, parce que pour eux c’est un moment très important ! Alors que pour les adultes il s’agit de reprendre son travail, retrouver ses collègues, ses occupations habituelles, pour les enfants chaque rentrée est une confrontation avec une part d’inconnu : nouveaux maîtres, nouveaux camarades, nouveaux apprentissages. Il est donc naturel qu’ils vivent ce moment comme un temps particulier très chargé d’émotions : appréhension (qui est cette nouvelle maîtresse, ce nouveau maître, sont-ils sévères, sympathiques ?), curiosité (que va-t-on apprendre de nouveau ? qui sont ces autres que l’on découvre dans la classe, dans la cour ?), joie de retrouver certains, tristesse d’en avoir perdu d’autres, ...Bref à chaque nouvelle année scolaire, les enfants vivent un peu ce que vivent les adultes quand ils doivent changer de travail ...

Il est important que les parents mesurent la dimension émotionnelle de la rentrée, qu’ils comprennent bien ses enjeux pour les écoliers et qu’ils soient indulgents pour leurs façons, quelquefois déroutantes ou désagréables, de témoigner de leurs inquiétudes, de leur excitation. Or, comme tout moment fort de la vie, la rentrée scolaire s’accompagne de rituels qui permettent d’encadrer, de médiatiser d’éventuels débordements émotionnels. L’un des plus importants, ce sont les « achats de la rentrée » : aucune rentrée digne de ce nom sans cahiers neufs, nouveaux crayons, stylos et autres ustensiles, nouveaux livres ... jusque là tout va bien ... nouveau cartable ... là les choses peuvent commencer à se gâter : l’ancien est encore en très bon état penseront les parents, alors que les enfants peuvent considérer avec horreur l’idée de trimballer le même vieux cartable lorsque copines et copains seront munis d’un modèle neuf et tout ce qu’il y a de « tendance » ...

Mais, où l’on risque de frôler le drame familial, c’est au sujet des habits qu’il convient de revêtir pour entamer cette nouvelle année ... Autrefois, il y a bien longtemps, quand j’allais à l’école communale, ce problème ne se posait pas : tous les élèves portaient des blouses, grises pour les garçons, les filles, favorisées, pouvant mettre des blouses de couleur...

Aujourd’hui, dans la plupart des cas, les élèves jouissent d’une grande liberté dans le choix de leur tenue. Or beaucoup d’enfants attachent la plus grande importance à leur « allure » conditionnée au premier chef par les habits qu’ils portent. De là, une source inépuisable de contentieux avec les parents attentifs à ce que leur progéniture ait une apparence donnant une image valorisante de la famille, donc d’eux-mêmes, et soucieux d’autre part de ne pas mettre leur budget en péril. Les enfants, même les « grands », surtout les « grands » ne sont généralement pas envahis par ces préoccupations. Ils ont des idées très arrêtées sur ce qu’ ils veulent mettre et sont prêts à dépenser une énergie considérable pour faire céder leurs parents, usant sans vergogne de toutes les armes à leur disposition : de la séduction au chantage ... Quelquefois parents et enfants ont des goûts identiques, l’harmonie règne ... ou un compromis s’établit. Il arrive cependant que le conflit soit indépassable. Alors, ou bien les parents l’emportent et imposent leur choix, ce qui risque de les exposer durablement à la vindicte de leurs enfants, ou bien de guerre lasse, ils cèdent, à contrecœur, mais d’une façon plus ou moins consciente, ils s’arrangent pour faire payer leur capitulation. Peut-on éviter de vivre d’une façon désagréable un moment où, il serait très important qu’enfants et parents soient solidaires ? Bien entendu il y a des réalités indépassables que les parents doivent parvenir à faire entendre aux enfants :

réalités économiques... Il est très pédagogique de confronter, le plus tôt possible, les enfants avec ces contraintes budgétaires auxquelles leur vie durant ils seront, d’une façon ou d’une autre, soumis ...

réalités sociales : la communauté scolaire impose naturellement des règles, plus ou moins étroites, notamment en matière de tenue vestimentaires ... Les parents peuvent faire accepter ces réalités avec une pédagogie bienveillante en aidant l’enfant à comprendre qu’il ne s’agit pas de l’exercice sadique d’une autorité arbitraire.

Mais il est important que les parents, eux aussi, comprennent bien l’importance que revêt pour les enfants l’expression de leurs désirs d’être habillés comme ceci plutôt que comme cela.

Le psychanalyste Didier Anzieu avait développé le concept du « Moi-peau », mettant en évidence l’extrême importance pour le développement de notre personnalité et le fonctionnement de notre psychisme, de cette enveloppe, la peau, qui marque la frontière entre ce qui est nous et l’extérieur.

Eh bien, je serais assez partisan d’un concept de « Moi-fringues » chez les enfants et les adolescents. Les habits constituent une enveloppe qui tout à la fois dévoile et masque et participe d’un mouvement complexe d’affirmation d’une identité encore fragile.

Il ne s’agit donc pas d’un simple phénomène de mode : ressembler aux autres de son âge, ou s’en distinguer, être reconnu et accepté à travers ses « fringues » témoigne d’une recherche d’intégration et d’un mouvement sain d’autonomisation à l’égard de l’emprise familiale. Si les parents comprennent les véritables raisons de ce qu’ils pourraient considérer comme des « caprices », ils seront en mesure d’encadrer les choix des « habits de rentrée » d’une façon raisonnable et sympathique.

 

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