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Br ?ves...RMC : Chronique 19Le 14/09/05 Le petit Gaston Bonjour à toutes et à tous, Bonjour Brigitte. Après les problèmes très concrets de la rentrée, je vous propose de revenir à une dimension plus familiale, plus symbolique aussi, où l’on voit que les attentes des parents vis-à-vis de leurs enfants influencent fortement leur comportement et ceci d’autant plus qu’elles ne sont pas conscientes. Pour que nous comprenions mieux, je vais vous raconter l’histoire, authentique, et d’ailleurs assez banale, du petit Gaston. Comme d’habitude, j’ai changé les prénoms et j’ai, comme d’habitude choisi « Gaston », prénom dont le côté un peu suranné me charme particulièrement. Je reçois la mère de Gaston qui est bien embêtée par le comportement de son fils, Gaston, donc, qui est alors âgé d’une quinzaine d’années. A vrai dire, surtout lorsque l’on est habitué à travailler avec des jeunes en très grandes difficultés, les inquiétudes de cette mère nous semblent quelque peu excessives. Que se passe-t-il en vérité ? Gaston ne travaille pas beaucoup à l’école, d’ailleurs il n’aurait jamais bien travaillé, à peu près depuis la maternelle. La mère voit deux raisons principales à ces échecs scolaires, au demeurant relatifs, puisque le garçon n’a redoublé qu’une fois : la fainéantise de Gaston, son refus de se soumettre aux règles de la scolarité, et l’incompétence des enseignants. Gaston n’a pas eu de chance, d’après ses parents : cet enfant naturellement peu porté à l’effort, est toujours « tombé » sur de mauvais maîtres. Dès les petites classes, les parents ont relevé que les institutrices employaient des méthodes parfaitement inadaptées, par exemple, pour apprendre à lire, on utilisait des « bandes dessinées » ... on ne donnait pas de devoirs à faire à la maison, on remplissait le temps scolaire avec des jeux au lieu d’étudier, d’apprendre par cœur ... comment devenir un « bon élève » ? Alors plusieurs fois, les parents ont changé Gaston d’école, l’orientant vers des établissements de plus en plus « côtés », dont la réputation était de plus en plus « traditionnelle », établissements de plus en plus coûteux et imposant des charges de plus en plus lourdes à la famille qui ne manquait pas de le reprocher à Gaston, ce garnement contraignant chacun à se sacrifier pour qu’enfin, il réussisse une bonne scolarité. Eh bien voyez vous comme les cieux sont cruels, même lorsque l’on fait des efforts pour leur être agréables,... : dans ces excellentes écoles, collèges, lycées, Gaston, sûrement victime d’une malédiction divine, continuait de tomber sur des mauvais professeurs ! Il y en avait de bons, mais c’était pour les autres, pas pour Gaston encouragé dans ses regrettables penchants, son inertie, son indolence ! Comme Gaston ne travaillait pas à l’école, il s’occupait à autre chose, des choses très peu recommandables : Gaston traînait avec des petits camarades, aussi fainéants que lui, il passait des heures dans des cyber-cafés à jouer à des jeux de rôles, il fumait des substances illicites et, surtout, il faisait des « tags » ... Bien que ses « tags » ne fussent pas de ces gribouillis informes qui maculent les murs, bien qu’ils dénotent chez le garnement des dons graphiques intéressants, Gaston avait eu plusieurs fois maille à partir avec les représentants de l’ordre et ses parents avaient dû, à plusieurs reprises, aller le récupérer au commissariat du quartier et répondre à plusieurs convocations dans le cabinet du juge des enfants. La mère, éplorée et désarmée, envisageait un avenir plus que sombre pour Gaston : chômage, toxicomanie, incarcération, bref un scénario de vie catastrophique ne pouvant déboucher que sur une issue funeste et marquer une famille très honorable d’une tache indélébile. En écoutant cette femme et n’étant pas très impressionné, ni très inquiété, par les agissements de ce jeune, je m’arrêtais sur ce prénom « Gaston », prénom je l’ai dit peu courant dans cette classe d’âge, et que cette mère répétait avec, me semblait-il, une excitation un peu trouble. Je lui demandais donc, naïvement, pourquoi ce prénom avait été choisi. Là, elle marqua un temps d’arrêt et son visage, jusqu’ici marqué par la sévérité, s’illumina d’un franc sourire. « C’est moi qui l’ai choisi me dit-elle, avec une sorte de fierté... » « et d’où venait ce choix ? » « Oh, quand j’étais petite, j’adorais une chanson qui racontait l’histoire d’un petit garçon qui s’appelait justement Gaston ... » Que voilà, a priori un choix sympathique et chargé d’émotion : réminiscence d’une chanson d’enfance qui nous a charmé ... Mais tout de même, la curiosité, vous savez, on ne se refait pas, je m’enquérais de l’histoire contée dans la chanson : « qu’est qu’elle racontait cette chanson ? » Et la mère toujours enjouée de répondre : « Oh, c’était une histoire triste, ce petit garçon était très malheureux, abandonné par ses parents, il faisait plein de bêtises et il finissait sa vie aux galères ... » Alors, on dit que lorsqu’un enfant naît, il y a autour du berceau, des bonnes fées et des méchantes fées ... Les premières lui envoient des « sorts » bénéfiques, les secondes bien sûr des malédictions. Reste à savoir quelles fées sont les plus fortes : les bonnes ou les mauvaises ...Donner à l’enfant un prénom, c’est d’une certaine façon lui jeter un « sort », le désigner en référence à des images positives ou non, un ancêtre aimé, un personnage illustre, ou le contraire ... Est-il très surprenant qu’un enfant pour lequel on choisit le prénom d’un malheureux au destin tragique, veuille, sans le savoir bien sûr, faire plaisir en se conformant au destin qu’on lui a, là encore peut-être sans le savoir, assigné ?
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Union Française pour le Sauvetage de l’Enfance
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