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RMC : Chronique 20

Une très vieille histoire

Bonjour à toutes et à tous, bonjour Brigitte. La semaine dernière je vous ai raconté l’histoire du petit « Gaston », histoire un peu triste, pour attirer l’attention des parents sur l’importance que revêt le choix du prénom d’un enfant. Selon les motifs du choix, les attentes que l’on y met, ce sera un bon, ou un mauvais sort que l’on jettera : on ne peut, en principe pas changer le nom de « famille », mais nous avons de plus en plus, la liberté de choix du prénom. Alors si pour désigner son enfant on choisit le prénom d’un bandit, ou au contraire celui d’un Saint, celui d’une personne aimée, ou celui d’une personne détestée, il faut s’attendre à ce que l’avenir de l’enfant ne suive pas les mêmes voies. C’est dire que l’on doit être très attentif à ce choix, non seulement pour ses enfants, mais aussi pour soi-même. Je recommande souvent à mes interlocuteurs de s’intéresser, s’il ne l’ont déjà fait, aux raisons qui ont déterminé leurs propres parents à choisir le prénom qu’ils portent : c’est souvent très instructif et parfois surprenant, cela peut éclairer les relations que l’on a avec ses géniteurs. Ainsi le petit Gaston, s’il avait connu les raisons qui avaient poussé sa mère à le prénommer ainsi, c’est à dire le souvenir d’une chanson racontant l’histoire d’un garçon qui finit mal, aurait peut-être pu, plus vite, plus facilement, décider pour lui-même de ne pas se soumettre aux attentes maternelles, conscientes ou non, mais funestes.

Ne croyons pas que cet intérêt pour le sens du prénom donné et pour les effets qu’il peut avoir sur la vie d’un enfant, soit une découverte, une préoccupation « moderne ». Une très vieille histoire, dont je ne sais pas si elle est vraie, mais elle est connue de beaucoup, en témoigne.

Je suis persuadé que la majorité des auditeurs ont entendu parler de Sarah, ce personnage biblique, de l’ancien testament, cette femme, la propre femme d’Abraham, qui se désolait, à l’âge de 90 ans, de n’avoir pas eu d’enfant ... Et voilà, (c’est l’histoire qui nous est racontée par ce très ancien texte), que l’Éternel annonce à Abraham qu’il va avoir un fils de Sarah ... Celui-ci ne peut y croire : il a 100 ans et sa femme 90, comment enfanterait-elle ?... Sarah, lorsqu’elle entend cette annonce, y croit encore moins et elle se met à rire : maintenant que je suis vieille aurai-je encore des désirs ? ... mon mari aussi est vieux ... est-ce que vraiment j’aurai un enfant, moi qui suis vieille ... ? Alors l’Éternel n’est pas très content que Sarah doute de ce qu’il dit, encore moins content qu’elle en rie ... mais Il tient Sa promesse et à la date prévue Sarah donne le jour à un fils, dont beaucoup ont entendu parler, il s’agit d’Isaac .. Au passage on relèvera qu’Isaac, en Hébreux cela veut dire : celui qui rit ... On voit qu’il est beaucoup question de rire dans cette histoire, oui j’avais oublié de dire qu’Abraham lui aussi, avait ri en apprenant qu’il allait être père ...

Alors bien sûr on peut croire ou non à cette histoire, ce n’est pas ce qui nous préoccupe ici ... c’est sur un détail de ce récit que je voudrais attirer votre attention pour revenir à notre sujet qui concerne les prénoms.

En effet, au début de l’histoire Sarah, ne s’appelle pas encore Sarah, elle s’appelle Saraï ... Lorsque Dieu annonce à Abraham qu’elle va enfanter, voici ce qu’Il dit : « Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï, mais son nom sera Sarah, je la bénirai et je te donnerai d’elle un fils ... » Qu’est-ce que c’est que cette histoire, à laquelle beaucoup de lecteurs de la Bible d’ailleurs ne prêtent pas d’attention, concernant ce changement de prénom ... Pourquoi donc Saraï doit-elle changer de prénom au moment où elle va devenir mère ... On dirait qu’il faut qu’elle change de prénom pour devenir mère ... Bizarre !

Eh bien, ce détail est en réalité très important et en vérité, très instructif : en effet que signifie ce prénom de Sarah ? En Hébreux cela veut dire : princesse ... et que signifie l’ancien prénom, Saraï ? On voit que les sonorités sont proches et en effet, il signifie « presque » la même chose, une toute petite différence : Saraï, c’est Ma princesse ... c’était le prénom donné à Saraï par son père, elle était désignée comme étant la princesse de son père ... et elle ne pouvait pas avoir d’enfant ... Voilà qui est en réalité très logique : une fille ne peut pas avoir d’enfant avec son père ... elle ne peut pas être mère si elle est la princesse, la femme de son père, si elle appartient à son père ... Il faut rompre ce lien de dépendance ce lien d’appartenance, en réalité incestueux, ce « Ma » de « ma princesse » ... Aussi longtemps que la fille appartient à son père, elle ne peut pas enfanter ... il faut qu’elle rompe les amarres, qu’elle soit libre, qu’elle ne soit plus MA princesse mais LA princesse ...

C’est l’enseignement que l’on peut tirer de cette très vieille histoire, j’ajouterais qu’elle confirme notre expérience de thérapeute : pour devenir des parents suffisamment bons, acceptables, il faut être libéré de l’emprise de nos propres parents, être soi, libre et responsable ... vous le savez aussi Brigitte, puisque dans votre émission, on entend souvent des auditrices et des auditeurs qui se plaignent des difficultés à se libérer de leurs parents, ce qui ne veut pas dire, les ignorer ou les haïr, mais les tenir à la bonne distance, et combien ces difficultés se répercutent dans leurs relations avec leurs propres enfants ...

Vous voyez comme il n’est pas inutile d’être attentif aux vieilles histoires ...

 

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