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RMC : Chronique 16

24/08/05

Selon que vous serez puissant ou misérable... ou selon que vous serez jeune ou vieux ...

J’aurai sûrement l’occasion de revenir sur la question, très importante, des punitions que l’on inflige à nos enfants, bien sûr avec les meilleures intentions du monde ! Pour en faire des enfants « bien élevés » ... Or, ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît et il n’est pas certain que « punir » soit toujours la meilleure solution. Ce qui est, en revanche, certain, c’est que les punitions corporelles sont toujours néfastes et qu’il faut, pour autant que l’on y parvienne, renoncer à y recourir, dans l’intérêt bien compris de nos enfants, et du même coup, du nôtre. Je sais qu’en disant cela je heurte très probablement beaucoup d’auditeurs, mais nous pourrons confronter nos opinions sur ce sujet, les opportunités ne manqueront pas ... an attendant je voudrais vous raconter une petite histoire, cette fois il s’agit d’une histoire inventée, pour commencer à réfléchir ensemble. Considérons une maman qui, un samedi matin, décide d’emmener son petit garçon, appelons le Gaston, pour la première fois faire le marché avec elle ... Notre garçon, quand il arrive au marché, est émerveillé par les couleurs, les odeurs, les bruits, les cris des marchands, l’agitation ... Or, notre Gaston est, comme disent les spécialistes, un enfant « sthénique » ...entendons par là, qu’il est naturellement plein de vie, débordant d’énergie et quelquefois un peu trop débordant ... Le spectacle, l’ambiance le stimule considérablement et il ne tarde pas à abandonner la main de Maman pour courir parmi les étals, se faufiler entre les marchands...en criant de joie. La mère, bien sûr, tente de réfréner ses ardeurs ... « Voyons Gaston, calme toi, arrête de courir partout comme un chien fou ! Reste avec moi, sois sage ! » Mais Gaston est beaucoup trop heureux et excité pour écouter maman et il continue de s’agiter, de courir partout. Maman a beau insister, le menacer, rien n’y fait, jusqu’au moment où le petit garçon heurte un étalage et renverse un monceau d’oranges qui roulent sur le sol... consternation générale ... Honte de la Maman qui rattrape son fils et lui flanque une paire de gifles retentissante ... Pleurs de Gaston qui est ramené dare-dare à la maison. Que se passe-t-il alors dans le marché ? Très probablement rien ! ou plutôt, très probablement pourra-t-on entendre quelques réflexions du genre : « Eh bien il était temps qu’elle se décide cette mère, si elle lui avait donné une bonne correction tout de suite, ce ne serait pas arrivé ! » Alors, la semaine suivante, la maman laisse Gaston à la maison suivre des dessins animés à la télé, la télé, cette « baby-sitter » infatigable ... Pas question d’un nouveau scandale avec cet enfant turbulent ! Mais cette femme a décidément un grand cœur et elle pense à son grand-père qui, non loin de là, se morfond dans une maison de retraite devant la télé, lui aussi, entouré d’une cour de grand-mères, pas bien amusantes car, comme lui, beaucoup commencent sérieusement à perdre un peu la tête. Alors elle décide d’aller chercher le « pépé » pour le distraire en l’emmenant au marché ... Brave Maman, brave petite-fille ! Le pépé qui n’était pas sorti depuis bien longtemps, s’enthousiasme en arrivant au marché ! Les couleurs, les odeurs, les cris, l’agitation, voici qui le remplit d’allégresse et d’énergie et il met à s’agiter, à courir ici et là, à s’extasier devant les amoncellements de marchandises ... La petite fille essaye bien de le calmer : « Pépé, calme toi, fais attention, ne t’agite pas comme ça, c’est mauvais pour ton cœur, ne va pas tomber et ta casser le col du fémur ... ! » Mais pépé n’en a cure, il est tellement heureux et rajeuni ! Jusqu’au moment où, à force de s’agiter maladroitement en tous sens, il finit par renverser un étal d’oranges ... De nouveau consternation générale et honte de la petite fille, laquelle aggripe le grand-père et lui flanque une paire de gifles ... Que se passe-t-il alors sur le marché ? On peut parier que l’indignation va être générale ... Comment cette femme a-t-elle pu porter la main sur ce vieillard, qui certes, était un peu casse-pieds et agité ... mais tout de même, le frapper ! Scandale ! Eh bien voyez vous, pourquoi lorsque l’on frappe un enfant sans défense, tout le monde trouve ça à peu près normal, pourvu que les coups ne soient trop violents, alors que le même coup porté à un vieux monsieur, lui aussi sans défense suscite l’indignation ? Réfléchissons un instant : le vieux monsieur, certes, va souffrir du coup, et plus encore de l’humiliation, du manque de respect dont il a été victime. Toutefois, sa vie est faite, sa personnalité constituée et ce traumatisme n’infléchira pas gravement le cours de la vie qui lui reste à vivre.

En revanche, le petit garçon aura compris que la loi du plus fort est la règle, que sa mère a le droit de lui faire du mal, que son corps n’est pas sacré puisque l’on peut le toucher dans le but de le faire souffrir, que l’on n’est pas obligé de le respecter ... Et, comme il est en train de construire sa personnalité à l’aide des expériences auxquelles il est confronté, on peut craindre très fortement qu’il se le tienne pour dit et qu’il enregistre comme une attitude normale de frapper les autres, surtout s’ils ne peuvent pas se défendre, d’accéder à leur corps même sans leur permission, de ne pas les respecter ... Enseignement funeste ! Réfléchissez bien, et sans parti-pris, à cette curieuse différence de traitement : quelle justification pourrait-on bien donner au fait de respecter les uns, les anciens, les vieux, et pas les autres, ... les enfants ...

A la semaine prochaine ...

 

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